Appartement haussmannien à Paris, 8 clés historiques pour mieux comprendre

    Appartement haussmannien à Paris, 8 clés historiques pour mieux comprendre

    25 octobre 2017

    Quel bien acheter

    Nous connaissons tous le style haussmannien à Paris dans ses grands principes : façades en pierre, balcons, pièces sur rue et le fameux PMC, parquet moulure cheminée ! Mais connaît-on la grande Histoire derrière ce style haussmannien ? Il continue pourtant à fasciner des générations entières d'architectes, d'urbanistes... et d'acheteurs immobiliers ? Petit retour vers le futur en 8 questions. 

    1. Pourquoi les travaux Haussmann ont été réalisés si vite en 17 ans? 

    Lorsque Napoléon III revient de son séjour à Londres en 1848, il est fortement impressionné par la modernité ainsi que le modèle d'urbanisme et d'hygiène de la capitale anglaiseEn comparaison, Paris à l'époque est une ville étriquée, insalubre, truffée de ruelles moyenâgeuses, véritables coupe-gorges. Propices en un rien de temps en plus à toutes les barricades insurrectionnelles (cf Gavroche dans "Les Misérables" de Victor Hugo - 1862). En effet, les bâtiments du centre de Paris, faits de plâtre ou de briques, sont construits sur de petites parcelles de façade étroite avec peu d’ouvertures sur la rue.

    Pour le mouvement hygiéniste de l'époque très influent, cette étroitesse des rues et la hauteur des maisons n'est plus tolérable. Cela empêche la circulation de l’air et favorise les "miasmes" porteurs de maladies et de mort. D'ailleurs, en même temps, on assiste à la paupérisation du centre de Paris. Les classes riches quittent ces quartiers pour s’installer au large dans les faubourgs du nord et de l’ouest.

    Dit autrement, il y avait urgence ! Socialement et politiquement. En 1853, Napoléon III nomme donc Eugène Haussmann préfet de la Seine et le charge des grands travaux qui, en, 17 ans jusqu'en 1870, vont transformer entièrement Paris.

     

    haussmann immeuble plan

     

    2. Pourquoi a-t-on encore 60 % d'immeubles haussmanniens à Paris ?

    Il fallait voir grand ! Haussmann, ambitieux, déterminé, rusé et sûr de lui avait le profil et la méthode pour la tâche. Mais il avait d'autres atouts : 

    • Haussmann possédait la confiance de l'empereur, lui-même doté d'un pouvoir quasi absolu. Avec la procédure d'expropriation, renforcée d'ailleurs pour les grands travaux, il avait la maîtrise des terrains situés de chaque côté d'une percée. Son surnom : "l'Attila des expropriations ". Il ne s'est pas privé !
    • Il savait aussi s'entourer d'une équipe dévouée et efficace. Leur mission : révolutionner le paysage urbain de la capitale. On connait surtout aujourd'hui les architectes Baltard (le pavillon), Garnier (l"opéra) ou l'ingénieur Belgrand, connu lui pour son effort d'assainissement des égouts de Paris.
    • Il avait bien compris la nécessité du financement. Il savait associer autour de lui des banquiers tels que les fameux Péreire et Rothschild. C'était aussi avec son "emprunt Haussmann" un as des montages financiers innovants, véritable préfiguration des PPP (partenariats publics privés). Avec lui d'ailleurs, propriétaires fonciers, commerçants et banquiers étaient souvent les inspirateurs des travaux...et toujours les grands bénéficiaires.

     

    travaux haussmann rue de rennes

     

    En 1870, c'est la chute néanmoins : il est destitué (quelques mois avant celle de Napoléon III) sous le coup d'intenses critiques liées au coût abyssal du projet et à ses dérives spéculatives. En 17 ans, il aura donc bouleversé la morphologie de la capitale :

    • 64 kilomètres de voies sont construits,
    • 20.000 immeubles détruits, 30.000 érigés,
    • 80.000 arbres plantés,
    • 600 kilomètres d'égouts percés. 

    Aujourd'hui encore, près de 60% de Paris a conservé le style haussmannien.

     

    3. Pourquoi les haussmanniens sont plutôt dans certains quartiers ? 

    Haussmann était un homme d'ordre. Il aimait les lignes droites, la perspective et voulait "aérer" la ville sans traîner. Plutôt que d'aligner ou élargir des rues, il préférait tracer de grandes percées rectilignes au travers des immeubles existants en défonçant littéralement des milliers de constructions et en indemnisant leurs propriétaires. Avantage secondaire reconnu par les historiens : c'était aussi plus pratique en cas de besoin pour laisser passer la cavalerie et tirer au canon sur la foule !

     

    Carte Haussmannien.png

     

    Dans la réalité, ces percées pour Haussmann servirent surtout à relier entre elles les 6 grandes gares parisiennes. IL faut dire que le transport et les infrastructures ferroviaires étaient alors en plein essor et il s'agissait de connecter tout cela, multipliant entre chacune des gares des boulevards, avenues, rues, places en étoile et monuments.

    Voilà pourquoi à l'arrivée le bâti haussmannien est fait de ce maillage dense d'îlots entre les gares et plus particulièrement dans certains arrondissements bourgeois de l'ouest de Paris. Pour en savoir plus, découvrez la carte de Paris aujourd'hui où se cachent les haussmanniens

     haussmannien vue de haut

     

    4. Pourquoi toutes les façades haussmanniennes se ressemblent ?

     

    Pour Haussmann, ordre et unité architecturale allaient de pair. S'il n'a jamais bâti lui même aucun immeuble, ses normes lui garantissaient une homogénéité très forte des constructions.

    La façade par exemple devait être obligatoirement en pierre de taille. En effet, celle-ci était devenue plus accessible et n'allait plus être réservée qu'aux monuments. Elle venait de chantiers proches de Paris, de l'Oise ou plus loin et pouvait désormais être utilisée sur des habitations grâce aux nouveaux moyens de transport, de sciage et de levage de blocs de pierre .

    Autre élément d'unité architecturale décrété par Haussmann : les façades d’immeubles d’un même îlot devaient avoir la même hauteur. Cette hauteur devait également être proportionnelle à la largeur de la rue, avec une hauteur maximale de la façade de 18 mètres et de 6 étages. C'est encore ce qui rend aujourd'hui Paris si agréable à l’œil et équilibré. 

     

    toit de paris en zinc

     

    Pour leurs toits, Haussmann choisit les plaques de zinc : un matériau pas cher, facile à découper et à installer. C'est aussi à l’époque un matériau nouveau, symbole de modernité absolue. Et miracle, grâce à la légèreté du zinc, les charpentes des toits s’allègent. Un nouvel espace habitable est crée: c’est l’apparition des chambres de bonne !

    Les décorations de façades devaient être également unifiées. Entre le rez-de-chaussée et l'entresol, se trouvaient par exemple striés de profonds refends (des lignes tracées qui simulent les jointures entre des pierres, et servent surtout à redoubler les lignes horizontales le long des façades) et des bossages, moulures ou corniches, typiques du style haussmannien.

     

    5. Pourquoi les balcons sont au deuxième et cinquième étage ?

     

    Contrairement aux apparences, le concept haussmannien n'était pas à l'époque conçu pour les classes les plus élevées de la société. Eux avaient déjà ou construisaient leurs hôtels particuliers ! Haussmann voulait plutôt accompagner l'apparition d'une nouvelle société civile, chaque immeuble devant réunir plusieurs familles de différentes classes sociales sous le même toit.

     

    Haussmannien copie.jpg

     


    Le 2ème étage néanmoins était l'étage noble, le plus prisé de l'époque. Il était réservé aux familles les plus riches et cela devait leur éviter d’avoir trop de marches à grimper ! Il possédait un balcon, soit filant, c'est-à-dire s'étirant sur toute la longueur de la façade, soit centré si l'immeuble possédait quatre fenêtres. Pour Haussmann qui n'oubliait jamais les aspects pratiques, hormis son côté esthétique et le fait qu'il protégeait des sons montant de la rue, l'intérêt du balcon était de pouvoir accueillir la garde et la mettre hors de portée d'éventuels insurgés !

    Le 5ème étage lui en revanche n'était pas "noble" du tout, mais plutôt réservé aux classes modestes. S'il disposait d'un balcon filant, c'était uniquement dans un soucis d’équilibre de la façade ! Si l'on regarde bien, les ferronneries du 5ème étage y sont d'ailleurs moins ouvragées qu'au deuxième.

    Quant au 3ème et 4ème étage, les appartements était plus pour la petite bourgeoisie,  souvent locataire du propriétaire situé au deuxième étage.

    Le 6ème et dernier étage était lui entièrement réservé aux domestiques, d’où le nom de « chambre de bonne ». Sous les toits, il était compartimenté en petites chambres avec des pièces d’eau partagées sur le palier. Accessible par un escalier de service, il permettait de rejoindre aussi directement les cuisines des autres appartements de l’immeuble.

     

    6. Pourquoi la hauteur sous plafond des haussmanniens varie ? 

    Au 1er étage, autrefois l'entresol, les appartements étaient réservés aux marchands, propriétaires des magasins du rez-de-chaussée. Les fenêtres y sont moins hautes qu'aux autres étages pour des raisons de symétrie : le porche de l'immeuble haussmannien étant plus haut, il fallait réduire le niveau juste au-dessus. La hauteur sous plafond ne pouvait donc pas dépasser 2,60 mètres au premier étage, contre 3,20 mètres pour le deuxième étage, l'étage noble.

    Pour le reste, conformément à la hiérarchie sociale de l'époque, la hauteur sous plafond allait en décroissant au fur et à mesure que l'on montait dans les étages. A l'inverse d'aujourd'hui donc ! Il faut dire que l’ascenseur civil n'est apparu en France qu'en 1870, mais comme ils étaient tout nouveaux et encore chers, ils n’étaient installés que dans les bâtiments de prestige comme les Grands Hôtels.

     haussmannien  salon hauteur sous plafond

     

    7. Qu'est-ce qu'un plan classique haussmannien ? 

    L’immeuble haussmannien est indissociable de l'idée de cour intérieure, source d’aération et d’éclairage chère aux hygiénistes de l’époque. Pour ce faire, les immeubles sont souvent conçus en L ou en U, les îlots mitoyens s'imbriquant les uns dans les autres pour faire unité.

    • A l'intérieur, l'appartement haussmannien est généralement doté d’une grande entrée également appelée « antichambre ».
    • Dans la continuité de ce hall d’entrée se trouve un long couloir utilisé pour desservir les différentes pièces en enfilade au niveau de la façade et dotées de grandes fenêtres. On y trouve une salle à manger, un salon et les chambres, avec, pour les haussmanniens les plus prestigieux, un espace dédié à la réception.
    • La cuisine, elle, historiquement est plutôt reléguée sur cour au fond du couloir, accessible depuis un escalier de service. Parfois même, elle contourne la cage d'escalier.
    • La salle de bain, souvent juste une ancienne pièce d'eau rénovée, est habituellement située aussi du côté de la cour intérieure.

     

    8. Parquet, moulures, cheminée, est-ce bien le style haussmannien ?

     

    Oui, parquet, moulures et cheminée (ou PMC) sont les trois mamelles des appartements haussmanniens !

    • Le parquet massif, parfois en chevrons, point de Hongrie ou bâton rompu, est incontestablement la star des beaux appartements haussmanniens et lui donne un cachet incontestable. Attention toutefois au bruit et aux grincements qui, selon l'âge du parquet, peut vite le rendre plus difficile à vivre au quotidien.
    • Indissociables des intérieurs haussmanniens, les fameuses moulures ! Ces riches ornementations en bois ou en plâtre se retrouvent aux angles de plafonds, courant le long des murs, ou s’accrochant aux encadrements de porte ou de cheminée. Avec un profil à la grecque, des volutes de style Louis XV, ou une géométrie Art déco, les moulures elles aussi sont typiques de l'élégance haussmannienne.
    • Dernière du triptyque, la cheminée haussmannienne était souvent en marbre et servait à chauffer les pièces de vie. Aujourd'hui, elle est aujourd'hui avant tout décorative et d'agrément pour une petite flambée autour d'un verre de rouge entre amis.

     

    Cheminée Haussman

     

    Les appartements haussmanniens sont donc le résultat d'une histoire exceptionnelle faite de vision à la fois politique, sociale et économique. Extraordinairement moderne, le style haussmannien fait plus que traverser le temps et est même considéré comme préfigurant les smart cities. Il permet aussi par sa versatilité de nombreuses approches de rénovation qui font rêver les acheteurs d'aujourd'hui.

     

    En tout cas, la prochaine fois que vous visiterez un haussmannien, pensez à l'histoire derrière. Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas ! 

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    Auteur: Eric Chatry

    Eric Chatry est cofondateur de Je Rêve d'une Maison. Passionné d'immobilier et d'innovation, il porte une vision décalée de l'immobilier pour les acquéreurs.
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    Je Rêve d’une Maison est la startup qui réinvente la chasse immobilière à Paris et en région parisienne depuis 2016. Sa valeur ajoutée repose sur une technologie innovante, nommée ImmoScanTM, qui analyse en temps réel 100% du web immobilier. Son efficacité repose également sur une équipe performante qui accompagne les acquéreurs tout au long du processus d’acquisition.